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Économie

Economie : l'emprunt obligatoire va-t-il faire l'affaire de la Guinée ? ( Tribune )

Si l'argent coûte trois fois plus cher à Conakry qu'à Dakar, c'est que l'inflation guinéenne tourne autour de 6 % et remonte, quand celle de l'UEMOA reste autour de 1 %.

Par Mamadou Saliou DIALLO3 min de lecture
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Par Guillaume Bangoura

Prenons les finances publiques par exemple. Depuis septembre 2025, le pouvoir fait grand bruit autour de la note B+ attribuée par l'agence de notation Standard & Poor's, confirmée en mars avec une perspective “positive”. Le message était clair : grâce à cette note, la Guinée allait pouvoir emprunter à des taux favorables.

Puis vient l'heure de l'emprunt obligataire 2026. On nous annonce 4 579 milliards de francs guinéens levés, près du double des 2 500 milliards initialement recherchés. Applaudissements. Sauf que cet argent coûte 11 % par an, pendant cinq ans.

C'est à ce moment qu'un esprit attentif se dit que quelque chose ne colle pas dans le récit.

Pour mieux comprendre, il suffit de regarder le Sénégal voisin. En septembre, S&P a abaissé sa note à CCC pour la dette en monnaie locale, CC pour la dette en devises, à deux crans du défaut de paiement. Sur le papier, sa signature vaut bien moins que celle de la Guinée. Il devrait donc payer plus cher. Or, à quelques jours d'intervalle, Dakar a levé 338 milliards de francs CFA, soit environ 5 100 milliards de francs guinéens, plus que la Guinée, à des taux de 6,40 % à 6,95 % selon la durée. Pour la tranche à cinq ans, la même durée que l'emprunt guinéen : 6,60 %.

Faisons le calcul. À 11 %, la Guinée versera environ 504 milliards GNF d'intérêts par an, plus de 2 500 milliards en cinq ans. Au taux sénégalais, la facture tomberait à 302 milliards par an. Plus de 200 milliards d'écart chaque année, plus de 1 000 milliards sur la durée. Combien d'écoles, de centres de santé, de kilomètres de route peut-on construire avec un tel montant ?

Donc, si je comprends bien, le Sénégal, un pays en très grande difficulté sur les marchés à cause du poids de sa dette, se finance à des conditions nettement meilleures qu'un pays noté B+, que ses dirigeants présentent comme “la deuxième puissance de l'Afrique de l'Ouest francophone” ?

Si un pays en difficulté se finance à des meilleures conditions que nous, cela ne signifie-t-il pas que nous sommes dans une situation encore plus dégradée ?

On m'objectera que les deux pays ne vivent pas sous la même politique monétaire : la BCRG prête aux banques à 9,5 %, la BCEAO à 3 %. C'est vrai, et c'est justement le problème. Si l'argent coûte trois fois plus cher à Conakry qu'à Dakar, c'est que l'inflation guinéenne tourne autour de 6 % et remonte, quand celle de l'UEMOA reste autour de 1 %. Ce sont aussi les conséquences de la gestion désastreuse du franc guinéen, qu'on continue de nous présenter comme un outil de souveraineté. Une note d'agence ne change rien à cela. Elle se commente, elle se met en scène comme un trophée. Le coût réel de l'argent, lui, dépend de la stabilité des prix, de la monnaie et des institutions.

Sur ce terrain, la Guinée reste un pays à risque et les investisseurs ne s'y trompent pas en exigeant une prime du risque exorbitante. C'est d'ailleurs à cette aune qu'il faut examiner tous les investissements réalisés actuellement dans notre pays. Ils le sont à des conditions exigées dans un environnement instable et incertain.

Un dernier détail. L'État avait besoin de 2 500 milliards. Il en a pris 4 579, toutes les offres retenues, toutes à 11 %, exonérées d'impôt. Quand les banques se bousculent à ce point, c'est que le taux leur était très attractif. Pour le contribuable guinéen, qui paiera la différence, c'est une autre histoire.

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